article paru dans le journal hebdomadaire WEEKENDSCOPE du vendredi 7 mai 1999 (Ile Maurice)
Patrimoine
Crépuscule sur le Jardin de Pamplemousses?
L'actualité à Maurice, ces dernières semaines, a été dominée par l'affaire Kaya, le rapport Sik Yuen et les incidents au Parlement. Dans la confusion ayant marqué les dernières séances à l'Assemblée, peu d'observateurs auront noté l'adoption, en l'absence de l'opposition, du SSR Botanical Garden Trust Bill. Projet de loi vivement contesté par le Groupe National de Vigilance (GNV), qui y voit une menace pour l'avenir du jardin. Quelques semaines plus tôt, le renommé paysagiste français, Gilles Clément, suite à deux visites effectuées sur le site, remettait son pré-rapport concernant l'orientation paysagère à donner au jardin. Visites initiées par Art Jonction et dont la dernière, avait reçu le soutien du ministre de l'Agriculture, Arvind Boolell. Lequel affirme toujours aujourd'hui que le trust qui prendrait en charge la gestion du jardin aurait à tenir compte de certaines recommandations du rapport. Histoire, sans doute, de ménager la chèvre et le chou. Toujours est-il qu'on peut s'inquiéter de l'empressement visible à faire voter un texte de loi, en l'absence de l'opposition. S'inquiéter aussi de l'orientation possiblement mercantile qui risque d'être donnée au jardin, surtout s'il est géré majoritairement par des fonctionnaires n'ayant ni compétence, ni vision. La leçon de la "restauration" catastrophique du château Mon Plaisir aurait-elle été déjà oubliée?
Le jardin botanique de Pamplemousses - aujourd'hui rebaptisé SSR Botanical Garden - a toujours été le plus beau fleuron de notre patrimoine et source de fierté bien légitime pour tous les Mauriciens. Mais, d'année en année, le jardin devait connaître une lente dégradation, tant à cause des cyclones que d'une mauvaise gestion, aussi bien en matière botanique qu'en aménagement général. En 1989, les autorités mauriciennes, alarmées, sollicitaient l'aide de l'ambassade de France pour un rapport d'expertise. La Mission Française de Coopération devait, alors, sans passer par les procédures légales d'appel d'offres, faire appel au Bureau français d'Ingénierie Culturelle, de la Fête et des Loisirs (BICFL) de M. Jean-Lou Pivin. Lequel devait se voir attribuer tous les contrats à venir, alors qu'il fut établi, par la suite (comme on le verra plus loin), que le BICFL n'avait pas la compétence requise en matière de botanique ou de restauration des bâtiments anciens en l'occurrence, le château Mon Plaisir et le théâtre de Port-Louis devaient faire l'objet de travaux vivement contestés.
Ce qui ne manqua pas d'étonner, c'est que la signature d'une convention, en 1993, devait surtout porter sur l'aménagement d'un musée à l'intérieur du château Mon Plaisir, en reléguant le jardin lui-même au second plan. Nous énumérerons plus bas les dégâts relatifs à la "restauration" du château, le temps de relever que le texte de loi récemment voté au Parlement continue à s'appuyer, en grande partie, sur la "note d'expertise sur le développement du jardin de Pamplemousses" du BICFL, remise au même moment. Cette dernière, entre autres hérésies, recommande, tout d'abord, l'imposition d'un droit d'entrée, à l'encontre de la vocation publique de tout jardin. Il suggère, également, le "développement de recettes nouvelles, liées à des services nouveaux pour le public": aménagement de restaurants, cafétéria et boutiques-souvenirs à l'intérieur du jardin. Et d'identifier trois points boissons et restauration, à l'Ouest, dans les communs du château (buvette plus confiseries et glaces); au Sud, dans le pavillon des guides et de la police; enfin, à l'Est (restaurant-cafétaria de 200 couverts, où l'on pourrait déjeuner et dîner, avec un salon de thé en dehors des heures de repas - on notera d'ailleurs que, par la suite, un projet de restaurant fut effectivement initié puis abandonné). Cerise sur le gâteau: la note d'expertise suggère l'organisation de "nocturnes avec spectacle et sons et lumières et parcours lumière dans le jardin."
Le rapport du BICFL suggère, par ailleurs, la fermeture de l'entrée principale, "sauf, exceptionnellement, pour un certain type de visites officielles" et que l'actuelle seconde entrée sur le parking devienne l'entrée principale. Ce, en raison de l'impossibilité de créer un parking à proximité de l'entrée principale. Les autres propositions concernent, notamment, le développement de l'actuel enclos d'animaux et l'installation de panneaux pédagogiques abrités par de petits kiosques au toit de chaume (et pourquoi pas des transatlantiques, tant qu'à faire!). Bref, on est en plein dans l'esprit du parc d'attractions et de loisirs, ce qui donne, effectivement, une idée de la compétence du BICFL en matière d'orientation paysagère et botanique...
Rénovation du château Mon Plaisir
Le château Mon Plaisir, situé aux abords de l'entrée ouest du jardin, a été construit en 1820. En 1995, la BICFL, après s'être vu confier une partie de la restauration du Théâtre de Port-Louis, recevait également la responsabilité de celle de ce bâtiment. Une convention était signée, aux termes de laquelle le gouvernement mauricien devait prendre en charge une partie des dépenses, à hauteur de Rs 19,8 millions, la partie française contribuant, elle, pour Rs 9,2 millions. Pour faire dans "l'efficace", selon l'expression d'un intervenant mauricien, la restauration, initiée en octobre 1995, devait impliquer une forte utilisation de béton et de carrelage, en lieu et place du bois d'époque. Autre initiative contestable: la création, au beau milieu de la salle centrale, d'un deuxième escalier à l'esthétique et à la finition également douteuses. Raison évoquée: permettre à un plus grand nombre de personnes d'avoir accès à l'étage. Le projet français tablait, en effet, sur une plus grande fréquentation, pour ne pas dire une "rentabilisation" commerciale du lieu. Ce qui explique, d'ailleurs, sa suggestion concernant le droit d'entrée...
En outre, le plan d'aménagement intérieur du BICFL suggérait au départ que le château serve, d'une part, à "restituer les ambiances d'une maison coloniale à l'époque de son occupation avec tout le mobilier nécessaire et ses accessoires" et, d'autre part, au "besoin d'offrir aux visiteurs toutes informations complémentaires sur le château lui-même et son jardin par des moyens variés et vivants." Le tout, par l'intermédiaire d'une salle multimédia disposant de différents supports (cd rom, images, livres, herbier), avec également un espace audiovisuel scénographié qui "met en scène le jardin, la nature et le climat."
Aménagements forts contestés par le GNV dans un mémorandum remis au ministre de tutelle Boolell, document au sein duquel le groupe relevait "leur côté très "gadget" et parfois caricatural, à l'image de ce dispositif audiovisuel qui se propose de montrer "les grandes lois de la nature et les rapports que l'homme entretient avec elle" avec un parcours scénographié, notamment sur le thème des variations climatiques, soit l'installation, à l'intérieur, d'un parcours son et lumière qui montre tour à tour le beau temps, l'orage qui se déchaîne, puis le retour du soleil, avec pépiement des oiseaux"
Dans le même document, le GNV contestait "la nécessité de tout ce dispositif pour une "visite interactive" du Jardin, alors qu'il suffit de descendre et d'aller s'y promener; ou encore l'opportunité de l'arrachage du plancher en bois (qui aurait pris la destination d'une demeure privée) pour le remplacer par des dalles en béton; ou encore la logique derrière la fermeture définitive de toutes les ouvertures du premier étage, sans aucune climatisation prévue, qui risque, selon les spécialistes de la question, de transformer l'herbier projeté en véritable "champignonnière""!
Suite à sa réception du mémorandum, le ministre Boolell évoqua le sujet avec l'ambassadeur de France, ce qui devait entraîner certaines rectifications tardives. Le mal, hélas, avait déjà été fait et continue d'embarrasser fortement la partie française ce qui peut expliquer que l'inauguration du château rénové, prévue depuis longtemps déjà, se fasse toujours attendre.
Le plus incroyable, dans tout cela, c'est que le SSR Botanical Garden Trust Bill continue de s'appuyer, en grande partie, sur les recommandations potentiellement désastreuses du BICFL. Alors qu'il semblerait que les autorités françaises, reconnaissant l'erreur, soient prêtes à repartir à zéro avec une vraie expertise menée, cette fois, par des personnes à la compétence reconnue. Il n'en demeure pas moins que la responsabilité de la partie mauricienne, pour avoir sans le moindre recul permis l'exécution de certaines des recommandations de l'expertise du BICFL, est sérieusement engagée
Appel à Gilles Clément
Préoccupée par l'avenir du jardin de Pamplemousses, "uvre d'art vivante", l'association Art Jonction, animée par Yves Pitchen, entra alors en contact avec Gilles Clément, sans doute la plus grande autorité européenne en matière de jardins. Ce dernier, créateur de nombreux jardins de par le monde et auteur de plusieurs livres et articles sur le sujet, était déjà connu de quelques Mauriciens ayant été ses élèves à l'Ecole du Paysage de Versailles, ou ayant visité certaines de ses créations en France ou ailleurs. Invité à Maurice, afin de donner son point de vue de professionnel, cet homme, qui se définit plus volontiers comme jardinier que comme paysagiste, devait effectuer deux visites et donner une conférence au cours de laquelle un pré-rapport fut soumis.
Gilles Clément a aussi saisi l'occasion pour donner sa définition experte du mot jardin, enclos conçu par l'Homme depuis sa sédentarisation. Tout à la fois conservatoire, où l'on préserve des espèces rares et lieu d'étude du vivant car les plantes n'ont pas une existence figée, le vrai jardin se veut la réalisation d'un rêve. Une sorte de vision du paradis, obéissant à un concept et s'inscrivant dans une époque, où l'on accumule le meilleur, et qu'on protège contre les agressions extérieures. Il a aussi une fonction plus concrète, de nombreuses plantes étant utilisées tant en alimentation (épices, etc.) qu'en cosmétique ou pharmacologie. Sans oublier son rôle, le plus important peut-être, consistant à nous faire rêver. Définition qui permet de distinguer le vrai jardin des simples espaces verts, voire des cours autour des maisons
La première mission de Gilles Clément, qui avait déjà visité Pamplemousses en 1987, puis en 1997, devait s'effectuer du 9 au 14 janvier dernier et lui permettre de constater les dégâts, tant dans le jardin qu'à l'intérieur du château Mon Plaisir. Il devait également rencontrer le ministre Boolell, lequel, reconnaissant la gravité de la situation, demanda au paysagiste de revenir rapidement à Maurice pour lui soumettre une évaluation d'experts, assortie de propositions. Très pris par la préparation d'une grande exposition commandée par l'Etat français, prévue de septembre 1999 à février 2000 au Parc de la Villette, à Paris, Gilles Clément put, néanmoins, se libérer momentanément de ses obligations pour revenir à Maurice du 24 au 29 mars.
A nouveau organisée par l'Association Art-Jonction, cette deuxième mission reçut, cette fois, le soutien du ministère de l'Agriculture. Le vendredi 26 mars, une conférence publique fut donnée à l'auditorium Octave Wiehé, au cours de laquelle le paysagiste présenta son pré-rapport. Malheureusement absent, le ministre Boolell devait, néanmoins, confirmer son intérêt pour les suggestions du paysagiste et promettre de prendre en considération les recommandations de son rapport final. Ce dernier, attendu incessamment, devrait faire l'objet d'une très large diffusion publique, tant sous forme écrite que numérique, notamment sur Internet.
Ce qui n'a pas empêché Arvind Boolell, sans attendre le rapport final, d'annoncer la mise en chantier d'une série de gros travaux d'aménagement structurel au jardin, au coût de 16 millions de roupies. D'où l'inquiétude du GNV, les grands travaux précédents ayant fait les dégâts que l'on sait. Par l'intermédiaire de plusieurs lettres ouvertes publiées dans la presse, le GNV devait, alors, réclamer la suspension des travaux prévus, en attendant l'avis d'experts reconnus. Revenons justement sur les dégâts constatés au jardin de Pamplemousses...
Situation critique
Les dégradations au jardin botanique, constatées tant par Gilles Clément que par le GNV, sont innombrables. Nous nous contenterons, donc, de n'en citer que les plus évidents, à commencer par l'asphaltage des allées. Hérésie complète, d'une laideur totale, qui brise l'harmonie des lieux et fait du jardin le prolongement des axes routiers, lui enlevant ainsi sa spécificité. De même, le parking, bien que nécessaire, a été aménagé avec une esthétique discutable, pire, sans la séparation visuelle indispensable du jardin lui-même. Mentionnons, enfin, le nombre d'arbres malades, la disparition des plantations de graines des arbres du jardin (qui permettent le remplacement de ceux-ci et aussi d'assurer des revenus, par leur vente aux autres pépinières de l'île), la suppression des haies de bambous géants qui servaient de remparts contre les vents cycloniques et celle de certains arbres centenaires en un lieu qui faillit un temps (?) voir s'implanter un restaurant (!), le non-entretien de certains bâtiments anciens, la construction de kiosques inesthétiques, la plantation de fleurs décoratives le long de certaines allées (esthétique de ronds-points, dixit Clément), l'assèchement de nombreuses voies d'eau, l'absence d'entretien de celles-ci, l'état déplorable (envasement, pollution) des bassins à nénuphars et tant d'autres encore...
Dans une interview accordée, récemment, au Mauricien, Gilles Clément relève, cependant, que par rapport à sa première visite, il y a douze ans, "le jardin est propre dans le sens hygiénique du terme, comme on le dirait d'une salle de bains. Ce qui n'est pas forcément biologiquement correct, et ce qui peut être un peu contraire à ce qu'est la vie dans un jardin." Et soulève le problème du très petit nombre d'espèces juvéniles, "comme si la gestion du patrimoine horticole ne prenait pas en compte la nécessité de régénérescence des plantes."
Choqué tant par l'asphaltage des sentiers que par le fleurissement kitsch de certains espaces, Gilles Clément ira jusqu'à parler de disqualification de Pamplemousses en tant que jardin botanique. Regrettant, de même, l'absence de concept, avec la juxtaposition maladroite de divers symboles, le paysagiste cite la grille blanche autour du lieu de crémation de SSR, "pas du meilleur effet", alors que, selon lui, les monuments devraient s'intégrer de façon harmonieuse et discrète avec leur environnement. Pour lui, le jardin aurait été victime de trois "influences négatives", politique, technique et idéologique, le changement de nom, par exemple, en ayant modifié le rituel. Gilles Clément dénonce, enfin, "une mentalité globale visant à transformer n'importe quel site de qualité en un site soi-disant touristique et rentable. Peu importe, alors, la manière dont on va attirer le public."
Propositions de Gilles Clément
Pour le paysagiste, si le jardin n'est pas encore en péril, le moment est venu de prendre les décisions qui s'imposent. Rien ne lui apparaît comme irréversible, mais il serait plus que temps d'agir pour parer à toute déviance par rapport au concept initial. Ainsi, il y aurait des désaménagements - désaphaltage des allées, coûteux, certes, mais vital - mais aussi quelques aménagements à faire. La mise en place d'une scénographie d'accès au niveau du parking est suggérée, par l'aménagement d'écrans de traitement de perspective, afin de renforcer la séparation symbolique entre le jardin et l'extérieur.
Autres suggestions: le remplacement des pavés ordinaires autour du samadhi de SSR par des pavés en roche volcanique, la remise en état des bassins et canaux, accompagnée d'une étude sur la circulation de l'eau, la mise en place d'un plan de renouvellement des espèces végétales menacées (sur les 287 espèces endémiques recensées à Maurice, 61 ont totalement disparu et 38 sont extrêmement menacées, indique son pré-rapport), le tout, sous strict contrôle scientifique... Au-delà des modifications structurelles, Gilles Clément prône la conservation du jardin comme espace de promenade, de concert avec la préservation et le développement d'espèces indigènes et endémiques. Lesquelles représenteraient un potentiel certain, dans le cadre d'un programme d'exploitation à des fins pharmaceutiques, par exemple.
Par ailleurs, si, en raison de ses caractéristiques climatiques, le jardin ne peut contenir toutes les espèces endémiques en danger de l'île, il pourrait, selon lui, être judicieusement utilisé comme centre d'un réseau de conservation. Dans cette optique, il préconise la mise sur pied d'un comité d'éthique composé de scientifiques et de personnalités, tant de Maurice que d'Inde, de France, d'Angleterre et d'Afrique du Sud. Son pré-rapport suggère plusieurs noms, tous des spécialistes engagés dans des projets internationaux: Rashmi Mayur (directeur de l'Institut international pour le développement durable, à Bombay), Jean-Yves Le Souef (chargé d'étude sur les espèces en danger au Conservatoire botanique de Brest), Francis Halle (directeur du Centre botanique tropical, à Montpellier), Guy Raynaud (président de l'organisme international Pronatura), sans oublier le responsable de la Mauritius Wildlife Foundation.
S'exprimant, en outre, sur l'éventuelle privatisation de la gestion du jardin, Gilles Clément insiste sur la nécessité de veiller à ce que "le jardin ne s'en aille pas dans une dérive qui ne serait pas celle de sa propre vocation." Contestant, aussi, le bien-fondé de l'introduction d'une entrée payante au jardin, il préconise à la place, une taxe sur les billets d'avion. Si toutes ces conditions sont réunies, Pamplemousses pourrait, selon lui, retrouver son lustre d'antan et son prestige sur les plans scientifique, paysager et touristique.
Le texte de loi de la discorde
Le SSR Botanic Garden Trust Bill, qui vient d'être adopté au Parlement, a pour objectif la mise en place d'un trust dont la responsabilité principale sera de "administer, preserve, develop and promote visits to and knowledge about the SSR Botanic Garden." Le futur trust, dont le président sera nommé par le ministre de tutelle, sera composé d'un représentant du ministère de l'Agriculture, de celui du Tourisme, de l'Environnement; du directeur du National Parks and Conservation Service et d'un maximum (pas de mention faite du minimum) de cinq autres personnes "with proven knowledge and experience in agriculture, botany and conservation, to be appointed by the Minister." Le board, avec l'aval du ministre, se désignera un directeur exécutif et prendra en charge la gestion du personnel affecté au jardin. Il disposera, ainsi, de toute la latitude voulue concernant les conditions de travail des employés.
La section 9 du texte de loi stipule, entre autres, que le trust peut, avec l'approbation du ministre, "permit the use of the whole or any part of the garden for activities of a scientific, educational, historical, cultural or recreational nature", mais aussi "permit the provision of food or other refreshments within the Garden." En d'autres mots, il n'exclut pas l'aménagement de buvettes et restaurants! La section 11 est plus éloquente: en stipulant que le trust "shall not lease, or dispose by way of sale, gift, or exchange of any land, property or plant of botanical importance, or any historical object forming part of the Garden, without the approval of the Minister", elle donne concrètement au ministre toute latitude pour louer, vendre, échanger ou même donner des portions de terre, des plantes ou objets historiques faisant partie du jardin... En revanche, on relèvera, comme stipulé à la section 11 (c), l'impossibilité de changer le nom du jardin.
Le GNV campe sur ses positions
Malgré toutes les déclarations se voulant rassurantes du ministre Boolell à ce sujet, le GNV réclame toujours le retrait du SSR Botanical Garden Trust Bill, "une porte ouverte à la privatisation du jardin." Appel a même été fait au président de la République, Cassam Uteem, afin qu'il refuse de promulguer le texte. L'association maintient que la gestion du jardin de Pamplemousses doit étre confiée à une institution publique, avec des fonds publics, sous contrôle démocratique du Parlement, sans exclure une éventuelle contribution du secteur privé touristique. Par ailleurs, le GNV regrette qu'en dépit de toutes ses promesses, le ministre de l'Agriculture ne tienne pas compte de ses propositions et du pré-rapport de Gilles Clément.
Pour le GNV, le trust permettrait au gouvernement "de se laver les mains et de se dégager de toute responsabilité à propos du jardin de Pamplemousses." Sans, cependant, enlever l'essentiel des pouvoirs décisionnaires au ministre, qui pourrait même, s'il le voulait, autoriser la construction d'un hôtel sur le site
N'en démordant pas, le ministre Boolell qui a, pourtant, été présenté comme un interlocuteur attentif par Gilles Clément et le GNV continue à ne voir aucune opposition entre le texte de loi et son désir affirmé de confier la gestion du jardin à ceux qui en ont la compétence. Ce qui ne manque pas d'étonner, lorsqu'on sait que la constitution du board fait la part belle aux fonctionnaires de différents ministères, peu susceptibles, loin s'en faut, d'avoir la vision et les qualifications requises. Tout comme les personnes qui, sans se poser de questions, s'empressèrent d'appliquer les recommandations du BICFL Et même si le président du trust, dont la nomination est attendue depuis la semaine dernière, se révélait d'une relative compétence, il n'en serait pas moins à la tête d'un organisme créé pour ôter toute responsabilité à l'Etat, sans les moyens financiers de ce dernier. Il semblerait qu'une fois de plus, la création d'un énième trust ne serve qu'à jeter de la poudre aux yeux
Le budget annuel du jardin était, jusqu'à présent, compris entre Rs 15 et Rs 20 millions de roupies, l'essentiel de cette somme étant consacré aux salaires des jardiniers et autres employés. On notera, d'ailleurs, que ceux-ci sont passés de 216 à moins de 100, en une année, depuis que le nettoyage et le gardiennage ont été confiés à deux entreprises privées, dont l'utilisation bruyante d'aspirateurs pour le ramassage des feuilles mortes a été condamnée par le GNV. Le jardin passant sous contrôle du trust, ce budget, largement insuffisant, devrait se transformer en allocation guère plus élevée. Ce qui ouvre la porte à la sollicitation de capitaux privés, avec les dérives qui risquent d'en découler, le secteur privé étant peu susceptible d'agir en mécène désintéressé.
Yves Pitchen propose, lui, une autre solution: l'introduction d'un principe de donations, assorties à des avantages fiscaux. Pourquoi pas? Rappelons, une fois de plus, l'importance du jardin, ne serait-ce que pour l'industrie du tourisme. Dans une lettre ouverte publiée dans Le Mauricien, le principal animateur d'Art Jonction affirmait que la tutelle de l'Etat était la "seule garantie pour éviter les petits intérêts mercantiles et égoïstes de dévaster ce patrimoine, en permettant le contrôle démocratique de la direction qui sera engagée à l'avenir pour Pamplemousses. La nation tout entière doit pouvoir conserver un droit de regard sur ce joyau qu'est Pamplemousses. Ce contrôle sera impossible une fois que le jardin sera géré par un trust. Les petits passe-droits et malversations seront couverts, dès ce moment, par le secret professionnel." Et de dire sa crainte des "querelles d'attributions de contrats qu'inévitablement les appels d'offres du trust vont provoquer." Loin de baisser les bras, Yves Pitchen fait part de son désir de mener la lutte jusqu'au bout, y compris sur Internet. Il paraîtrait même que quelques personnalités littéraires et artistiques françaises, mises au courant de la situation, auraient fait part de leur désir de venir prochainement chez nous, pour participer elles aussi, avec leurs moyens, au combat pour la sauvegarde de Pamplemousses.
Une fois de plus, les étrangers seraient-ils plus conscients que nous de l'importance de la préservation de notre patrimoine?
Thibault de Robillard
Reproduit avec l'aimable autorisation de la direction du MAURICIEN.
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