article paru dans l'édition de l'hebdomadaire mauricien WEEK-END du 20 décembre 1998
Selon une annonce de son promoteur
Abandon du projet LHC au Jardin de Pamplemousses
° Les machines stoppent leurs opérations alors que le ministre
Boolell afirme qu'elles travaillaient à l'amélioration du jardin
° Provision pour d'autres bassins de nénuphars alors que l'original
se meurt
La compagnie LHC Trading Ltd ne compte pas aller de l'avant avec son projet de restaurant-tourist centre au Jardin de Pamplemousses. C'est du moins ce qu'a annoncé son directeur, M. Kan Foong Lan Hing Choy, qui s'est dit dégoûté par "la politique de deux poids deux mesures" qu'il considère pratiquée à son égard et à celui du ministre Boolell par ceux qui s'opposent à ce projet. Les machines en action la semaine dernière se sont dans le même temps arrêtées au Jardin, alors que le ministre Boolell a affirmé que leur opération n'était pas liée au projet de restaurant.
Selon M. Lan Hing Choy, l'abandon de son projet, qu'il dit avoir initié depuis 1996, est motivé par le dégoût ressenti face notamment à ce qu'il qualifie de "déclarations hypocrites" et de "faux" commis par certaines personnes se disant "plus blancs que blancs" et par certains journaux. Des opposants à son projet qu'il ne croyait pas voir "tomber aussi bas". Pour lui, tous ceux qui insinuent que des irrégularités ont été commises autour de ce projet se trompent totalement.
Affirmant avoir suivi toutes les procédures requises, M. Lan Hing Choy défend fermement le ministre Boolell, qui n'est jamais intervenu dit-il en faveur de son projet même s'ils sont très proches politiquement. Sa décision de retirer son projet est donc également motivée par sa conviction que dans la conjoncture actuelle, sa concrétisation aurait un prix trop lourd à être payé par le ministre de l'Agriculture.
Le promoteur annonce en conséquence sa décision de restituer le terrain de 3 600 m2 faisant partie du Jardin de Pamplemousses que l'Etat avait annoncé son intention de lui allouer dans une lettre datant de septembre 1998. Terrain pour lequel le bail, rappelons-le, n'avait officiellement pas encore été signé.
Des arguments qui ont également été repris par le ministre Arvind Boollell lors d'une conférence de presse-bilan donnée mercredi dernier. A cette occasion, le ministre devait également défendre le SSR Botanic Garden Trust Bill, qui est selon lui un outil extrêmement valable, non pour privatiser le jardin mais au contraire pour mieux le gérer.
Quoi qu'il en soit, il ressort que cette annonce, en début de semaine, a coïncidé avec l'arrêt des opérations des machines qui étaient à l'oeuvre la semaine dernière sur le site initialement choisi pour le Restaurant-tourist-centre de LHC. Jeudi dernier, un communiqué de presse du ministère de l'Agriculture en date du lundi 14 décembre fut publié, affirmant que l'article paru dans nos colonnes dimanche dernier montrant des machines en opération au Jardin de Pamplemousses tendait à tort de faire croire que celles-ci étaient liées à la construction d'un restaurant par LHC Trading.
Mise au point
"Le tracteur en question, qui appartient à la SPMPC est utilisé pour des travaux d'embellissement du paysage depuis une quinzaine de jours et non depuis mardi dernier comme indiqué dans l'article de l'hebdomadaire. Les travaux de rénovation consistent, entre autres, en la création d'une pépinière moderne et de nouveaux cours d'eau. Ces travaux font partie d'un plan global visant à améliorer les aménités du jardin dans son ensemble afin que le grand public puisse bénéficier davantage des facilités offertes par le ministère" affirme ce communiqué.
Or, les personnes travaillant sur place continuent à affirmer que c'est bel et bien le mardi 8 décembre que ces machines sont entrées en opération. De plus, le site des travaux "d'embellissement" correspond exactement à celui indiqué sur les plans concernant le projet de LHC. Enfin, une nouvelle visite sur place effectuée vendredi dernier amène à s'interroger sur le pourquoi du départ des machines alors que ces travaux "d'embellissement" semblent très loin d'être finis. On peut en effet voir sur le site, comme l'indique notre photo, un bassin sommairement créé, alors qu'alentour le bulldozage initié n'a pas été complété.
Dans les milieux du ministère, on parle de l'utilisation de ce bassin pour un nouveau bassin de nénuphars. Une démarche qui interpelle alors qu'à quelques mètres de là, le grand bassin de nénuphars qui a largement contribué à faire la réputation du Jardin de Pamplemousses se meurt sans que les mesures nécessaires soient prises pour remédier à cette situation catastrophique. Le tableau qui se présente au visiteur est affligeant: seules quelques feuilles de nénuphar, non des plus grosses, trouées et abimées, surnageant péniblement sur une eau glauque et graisseuse. De l'avis de tous les spécialistes, le bassin de nénuphars se meurt, faute d'une circulation d'eau et d'un entretien adéquats. Plutôt que de se lancer dans la création d'autres hypothétiques bassins de nénuphars, ne serait-il pas plus judicieux de tenter, d'abord, de sauver celui qui était jusqu'ici le symbole du Jardin de Pamplemousses?...
Shenaz Patel.
Reproduit avec l'aimable autorisation de la direction du MAURICIEN.
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