Il était dit que Poivre dont le dynamisme ne s'éteint pas, reverrait l'Extrême-Orient. La maison, son jardin, ses "communications" à l'académie lyonnaise d'agriculture, ne suffirent pas à combler les vides de sa dévorante activité. Du Roi, cette fois, il acceptera une troisième mission. Il sera nommé Commissaire Général de la Marine à Port Louis de Maurice et l'île ayant été enlevée à la Compagnie des Indes par un édit du 14 août 1764 rattachée en même temps que Rodrigue et Bourbon (la Réunion) à l'administration du Roi : Intendant des Mascareignes.
Poivre et sa femme s'embarquent sur le Dauphin le 8 mars 1767. Ils arrivent à Port Louis le 17 juillet suivant. Ses fonctions sont doubles :
Mais, il existe une autre autorité royale dans les Mascareignes : le gouverneur, chef des forces militaires et navales. A son arrivée c'est Jean Daniel DUMAS qui remplit ces fonctions.
La raison aurait exigé une entente parfaite des deux hommes, mais les domaines d'attribution de leurs activités sont mal fixés et commencée sous d'heureux auspices la collaboration entre eux ne tarde pas à dégénérer en une véritable guerre de tous les instants.
En France, la dualité entre les deux autorités provinciales existe aussi, mais l'autorité royale est suffisamment proche et forte pour que toutes deux collaborent. Aux colonies, et tout particulièrement dans l'Océan Indien, il en va tout autrement : les ordres du Roi sont rares. Mal informé des réalités, ses directives sont toujours trop tardives, insuffisantes et bien souvent inadaptées.
Dumas veut avoir la prééminence sur l'Intendant. Elle est normalement morale, mais l'importance des fonctions de ce dernier sont d'une telle ampleur qu'avec son dynamisme Poivre lui fait involontairement de l'ombre. Il y a, en effet, beaucoup à faire pour sortir les îles du marasme. Pour la Compagnie, elles comptaient pour elle seulement comme point d'avitaillement et d'escale de ses vaisseaux. Poivre va leur donner une véritable économie et indépendance interne basée sur la culture du café, de la canne à sucre, l'élevage et à l'importation de main d'œuvre.
Pourtant la collaboration entre le Gouverneur et l'Intendant se fait parfois avec bonheur.
on a toujours hésité entre Mahébourg au sud de l'île et Port Louis sur sa face ouest comme premier port de Maurice, le premier jouit d'une baie immense, le second d'un espace plus resserré. Finalement, la raison triomphe entre les deux autorités qui tiennent chacune pour un site. La baie est bourrée d'écueils de coraux, elle ne sera qu'un havre provisoire et Port Louis sera le port principal qui permet d'accoster au cœur même:, ou presque, de la ville. La décision d'abandonner Mahébourg comme port véritable permettra un jour de juin 1810 aux vaisseaux français de remporter sur une division navale britannique qui s'est éperonnée sur les écueils, une magnifique victoire : la seule d'ailleurs du règne de Napoléon 1er.
Mais la grande réussite que l'on doit à Poivre presque seul, est celle du jardin des PAMPLEMOUSSES, lieu qu'il a choisi pour en faire celui d'observation, d'acclimatation, de production de ces épices dont il veut être le "dispatcher" pour toute l'Europe La création même du jardin n'est pas son œuvre. La Compagnie française des Indes avait voulu que l'Ile de France eut à l'instar de beaucoup de villes de France, un jardin d'agrément et de production de plantes médicinales, mais Poivre, avec l'accord de Dumas, a considérablement développé ce dernier. Les Mauriciens montrent encore aujourd'hui avec orgueil cette réalisation de l'Intendant français des Mascareignes.
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