extraits d'une interview parue dans l'édition du 7 janvier 1999 dans le quotidien LE MAURICIEN
Clifford Lincoln
D'origine mauricienne, Clifford Lincoln, parlementaire de Lac-Saint-Louis, au Canada, occupe depuis deux ans la fonction de président du Comité permanent du Patrimoine canadien. En vacances à Mauice pour les fêtes de fin d'année, il évoque le partenariat impératif entre les secteurs public et privé pour la sauvegarde du patrimoine et de l'environnement. Il prépare en ce moment un livre sur les réformes parlementaires et donne son point de vue sur le système actuellement en vigueur au Canada, un système "désuet", selon lui. M. Lincoln évoque aussi les problèmes liés à la volonté de séparation du Québec francophone ainsi que les perspectives d'immigration bien présentes aujourd'hui au Canada mais dont finalement peu de personnes peuvent bénéficier.
L'intérêt du secteur privé pour le patrimoine est aujourd'hui de plus en plus visible. Par ailleurs, sa gestion est de plus en plus difficile pour les gouvernements. Cet état des choses ne comporte-t-il pas des risques à long terme?
Cet intérêt est certain au Canada et sûrement à Maurice. Récemment, le peuple canadien s'est élevé contre l'exploitation privée du Parc national de Benth, un véritable joyau mondial qui se situe dans les Rocheuses. Une commission a été mise sur pied pour mettre des balises afin de réguler l'entrée des capitaux privés. Nous procédons en ce moment à un relevé des choses auxquelles on ne peut pas toucher - toutes les institutions culturelles et patrimoniales, les musées, les jardins, tout ce qui fait l'identité du pays et qui montre sa différence. Nous avons dit que l'intégrité écologique et patrimoniale de nos parcs nationaux doit rester, l'intégrité de nos institutions doit rester. Si vous faites de la privatisation et de l'exploitation sans limites, le patrimoine naturel, environnemental, social, n'existe plus et c'est trop tard pour le recréer. Il y a des balises qu'il faut fixer et il faut veiller à ne pas les traverser. Une étude à long terme a été lancée pour savoir ce que nous devons préserver par rapport aux grands défis du prochain siècle. Trois défis ont été définis - la mondialisation de l'économie, la communication et les changements démographiques. Un rapport sera soumis dans trois mois pour voir comment définir la préservation du patrimoine dans une culture différente aujourd'hui. Certainement, les gouvernements, de n'importe quel pays, n'ont plus d'assises financières pour tout protéger. Le secteur privé ne doit pas être exclu, la seule solution pour nous réside dans des partenariats avec lui pour protéger ce qu'il y a de plus précieux du point de vue patrimonial. Il y a aussi la tentation de céder au privé; il faut y résister car si on touche à un bout du patrimoine, on touche finalement à tout.
Clifford Lincoln: un "environnementaliste patrimonial"
Ancien homme d'affaires, Clifford Lincoln a été élu député québécois en 1981. Il a été successivement porte-parole de l'opposition pour l'Environnement (jusqu'en 1982) et pour le Commerce extérieur et les Relations internationales (1983 à 1985). En décembre 1985, M. Lincoln accède au poste de ministre de l'Environnement et démissionne de son propre gré en 1988 pour des raisons de principe. Durant son mandat, il servit pendant un an comme président du Conseil des ministres de l'Environnement du Canada. En septembre 1992, il devient le premier président canadien du Conseil de la fondation des Grands Lacs, alors une institution à but non-lucratif active au Canada et aux Etats-Unis. Il est élu député fédéral pour la circonscription de Lachine-Lac-Saint-Louis en 1993 et a agi jusqu'en 1996 comme vice-Premier ministre et ministre de l'Environnement. Il est depuis mars 1996 président du Comité permanent du Patrimoine canadien. Il fut réélu à la Chambre des communes en 1997, dans la nouvelle circonscription de Lac-Saint-Louis.
Reproduit avec l'aimable autorisation de la direction du MAURICIEN.
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